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vendredi 19 mars 2010

Article n°60 :

L’horoscope fut donné à 6h47 :
« Lion : Cessez de rêver votre vie et vivez-là. »
Oh, le petit insolent. C’est parfaitement le conseil qu’il ne fallait pas me soumettre ; celui qui fait vaciller de fragiles motivations et une énergie en déclin.
Songeons un peu à la façon dont je devrais vivre ma vie.
D’abord, j’éparpillerais aux quatre coins du continent, les résidus de ma balance électronique, pour m’assurer que plus jamais elle ne rassemble ses éléments et ne se ligue contre moi, moi et mes malheureux stocks lipidiques.
Ensuite, je me dirigerais droit vers le Garçon, d’un pas assuré et d’un regard engageur : « Pardonne mes bourrelets et mon acné, mais je promets qu’en vrai je suis une véritable bombasse et spirituelle et drôle par-dessus le marché. Tu peux goûter si tu veux. »
Le râteau aussitôt encaissé me mènerait à garnir un baluchon de quelques provisions, et à fuir vers de nouveaux horizons. Je réfléchirais à une reconversion _ reconversion, c’est le terme que j’emploie, bien qu’actuellement je ne puisse m’attribuer aucune activité productive.
Sur le chemin donc, me viendrait cette idée : je serai l’Amélie Poulain de demain. De demain et des jours qui suivent. J’écrirai la vie des gens sur deItaliques post-it. Des leçons de vie, des astuces, des philosophies, des remèdes, des méditations, des mots d’amour, des félicitations, des alexandrins, des calembours, des contrepèteries, des charades, des refrains, des exercices de diction, du vieil argot, des idées non-reçues.
Le citoyen trouverait griffonnée en noir ou en couleur, cette prose furtive dédiée à son attention, sur son paillasson, sur son pare-brise, sous ses pots de fleurs, sa chaise de bureau, sur la machine à café, sur un coupon de papier vécé.
Des mots écrits pour lui, parcouru de ses pupilles, qui arrêteront quelques secondes le flot routinier de ses pensées récurrentes. Pose-toi et lis. Ces mots peuvent transcender ta journée.
Ils pourraient en tout cas transcender la mienne. Il suffirait que le Garçon fasse l’effort de glisser dans ma trousse, un pli qui aurait l’air de ceci :
« Voudriez-vous ma main pour ranger cette folle mèche derrière l’oreille ? »

Il est 23h30, l’écran d’accueil du téléphone fixe affiche « Bonjour ». Ça part d’un bon sentiment, mais la moindre des choses tout de même, ce serait que passé dix-huit heures il affiche « Bonsoir ».

samedi 30 janvier 2010

Article n°59 :

C’est samedi. Je n’ai pas voulu me lever ce matin, sous prétexte qu’il ne faisait pas encore jour. Seulement le jour lui, a fini par se lever, et je me suis fait tomber du lit pour être sûre de ne pas rester captive de ma léthargie. Ça a un peu violenté mes lombaires. Il n’y avait que du téléshopping sur toutes les chaînes, c’est si détestable le téléshopping, alors j’ai allumé le poste de radio et j’ai dû écouter ces pubs et ces chansons qui passent en boucle, un peu comme la pauvre routine de ma pauvre vie.

J’ai attaché mes cheveux sales et j’ai pris mon sac à dos pour aller aux courses. En caisse, la vieille dame qui passait après moi regardait mes articles d’un drôle d’œil. Elle se demandait sûrement si moi aussi je prenais garde à mon taux de cholestérol. Elle m’a souri. Je lui ai souri aussi. Elle a rangé ses produits sur le tapis avec application et lenteur, ménageant ses vieilles articulations et ordonnant ses gestes avec économie. Je me suis mise à éprouver un profond respect pour ces vieillardes attendrissantes, une admiration éternelle pour des vétérantes qui ont accouché sans péridurale, pratique peu répandue à l’époque du mythe « tu enfanteras dans la douleur ».

Et dans le tram, je regardais la ville grise défiler. Une poussette est montée, qui asseyait une petite fille aussi jeune que minuscule. Elle s’est retrouvée à la hauteur d’une petite fille plus âgée, qui se tenait debout et qui apprenait à parler. J’ai aimé le regard qui s’est échangé entre ces poupées noire et blanche. C’était de la curiosité sans hostilité, du « T’es qui toi ? » sans débat sous-jacent d’identité nationale. C’était de l’exploration, de l’apprentissage, de la socialisation, enfin c’était quelque chose qui m’a touchée. Il est vrai que parfois je suis sujette à la sensiblerie, mais la sérénité que j’ai observée aujourd’hui, je ne l’ai trouvée qu’aux deux extrémités de la vie : chez les gamines et la vieillarde. Je les ai enviées ; car en ce moment je boîte un peu, je voudrais changer d’air et de vie, je me pose des questions de jour et des questions de nuit, j’espère et j’aspire à de l’inaccessible, je me perds dans le souffle du vent et je voudrais être portée vers la Lune. Les fruits, les légumes et un peu de soleil me prêtent des vitamines, mais loin de mes amis la saveur des choses ordinaires est perdue. Je veux qu’on me donne du sourire, du nouveau et de l’émotion. Je veux ne plus être crevassée d’indifférence et mélancolique sur mon oreiller. Je veux retrouver tout ce qui fait des jeunes de 19 ans des gens épanouis et dynamiques. Allez hop.

jeudi 26 novembre 2009

Article n°57 :



En cours d’histologie sur les épithéliums, on apprend que le papillomavirus est détectable en microscopie optique sur des lames cytologiques de frottis cervicaux vaginaux. Le professeur ne manquera pas de nous rappeler les moyens de prévention contre le virus HPV : vaccination des jeunes femmes, utilisation de préservatif(s), et enfin abstinence. Abstinence, c’était mis exprès, il savait très bien que ça allait faire son petit effet dans les amphis : exclamations, protestations, gloussements, blagues à la volée. Venant de jeunes gens qui ont été initiés à une vie sexuelle quelques années voire quelques mois plus tôt, j’ai trouvé ça assez ironique. Mais ça leur donnait le droit de trouver la diapo risible.
S’ensuivent des explications sur les conditions de vaccination : prescription est faite pour les jeunes filles de 14 ans, et de 15 à 23 ans n’ayant jamais eu de rapports sexuels, ou bien au plus tard un an après le premier rapport. Lors de la mention de « vierges entre 15 et 23 ans », un bougre des derniers rangs nous fera partager sa position : « Ca n’existe pas ! ».
Je me suis raidie sur mon siège. J’ai cherché des yeux, parmi les rangées, des gens qui avaient l’air aussi perdu que moi, des expressions de visage non approbatrices. C’est impossible, j’ai pensé, d’être la seule de cinq cents élèves à pouvoir contredire cette vérité lancée du haut des escaliers.

Je ne sais pas si je devais être fière, ou si je devais avoir honte. Je ne sais pas s’il fallait que j’éprouve quelque chose. Je me suis encore sentie marginale. Je n’ai toujours pas trouvé ma place ; je ne me trouve aucun modèle sinon celui d’une nonne. Cette différence, je ne sais plus comment l’assumer, je ne cherche pas à la faire disparaître, mais j’aimerais qu’un jour elle cesse d’être un poids. Il faudra à un moment, trouver le courage d’être moi, ou devenir quelqu’un d’autre. Quelqu’un de mieux, de plus stable et de plus adaptable aux mœurs et agissements de nos populations un peu dépourvues de sensibilité.

jeudi 19 novembre 2009

Article n°56 :


Dans mon groupe, j’ai trouvé deux canons. Y en a un, il est juste canon.
Et alors l’autre … L’autre, dès que je l’aperçois, je fonds comme un m&m’s dans la bouche. Le regarder me fait du bien, le sang pulse mieux dans mes veines, mon cerveau est mieux oxygéné, mes neurones libèrent des neurotransmetteurs euphorisants. Il me plaît ; je ne le connais pas, pourtant je veux ce garçon et je l’espère. Je jalouse les filles qui gravitent autour de lui. Je jalouse les vêtements qui connaissent sa peau. Il n’est pas bien grand, il a les cheveux dans les yeux et des lunettes, il vous rappellerait quelqu’un si vous m’avez bien connue.
Mais ce n’est ni le lieu, ni le moment de faire la brasse dans une piscine de guimauve rose, de dessiner son prénom dans des cœurs sur les pages de mon agenda. Ceci d’autant plus que chaque matin, le miroir de la salle de bain me rappelle que je ressemble à Shrek. Alors en plus de travailler au reste, je travaille à me le sortir de la tête. Et même si c’est devenu une habitude, ça reste douleur de suturer ses sentiments.

vendredi 9 octobre 2009

Article n°55 : Bon courage lecteur.

Ma journée commence en insultes. Je jure du bout des dents contre cette sonnerie de réveil fort malvenue, des obscénités non articulées car ma mâchoire dort toujours. Je m’assieds hirsute dans le lit, je pense vaguement la journée qui m’attend, et c’est un véritable combat que je mène alors contre moi-même pour ne pas céder à l’instinct de conservation, qui me murmure de replonger sous la couette et de faire fi de mes obligations. Je consens finalement à me placer en équilibre sur mes deux jambes, et je profite du trajet jusqu’à la salle de bain pour me décoller les paupières. Ce que j’entrevois alors en arrivant devant le miroir du lavabo est un spectacle terrifiant. Je passe outre ce dégoût rituel, je jette ma tenue de nuit à terre et je tire le rideau de douche. C’est d’abord de l’eau froide qui sort, ce n’est pas agréable, j’évite cette marre glacée en réfugiant mes pieds dans un coin sec. Ensuite je verse du gel douche dans la main gauche, et stupeur : la substance est verte. Enfin quoi, je ne pouvais quand même pas me douter que les commerciaux iraient jusqu’à donner la même couleur au gel douche qu’au flacon qui le contient. Après le choc psychologique de m’être savonnée à la bave d’alien, j’émerge en même temps que je me sèche. Il faut que je m’arrange les cheveux, que je m’arrange la figure, ce n’est pas chose aisée et c’est probablement inutile. Je le fais quand même, à contre cœur. J’écoute les animateurs radio coasser leurs stupidités depuis la chambre. Ils ne sont vraiment pas drôles mais si on me demandait de mettre l’ambiance à 6h du matin, je crois que je ne serais pas plus glorieuse qu’eux ne le sont.
Il me reste dix minutes pour le petit déjeuner, j’ai pris la peine de faire la vaisselle hier soir de ce dont j’aurais besoin maintenant même, bol à Special K, bol à café, verre à jus d’orange et cuillères associées. Vite vite.
Brossage de dents, bourrage de sac, un dernier coup d’œil dans la glace pour y voir la catastrophe de mon allure, mais c’est bien trop tard pour s’y reprendre et puis pour quoi faire. Je ferme la porte à clé, je file dans le couloir puis dans la rue, c’est encore la nuit, c’est toujours la nuit, il fait humide et je suis bien contente d’avoir attaché mes cheveux.
Alors j’arrive à la fac, il y a des lumières un peu partout, je monte des escaliers, j’attends au milieu de tous ces étudiants, l’ouverture de mon amphi. Au moment où l’appariteur fait son apparition, la foule s’amasse près des portes d’entrée, dans les starting-block pour s’infiltrer dans la salle et réserver les places.
Et y en a un, à ce moment-là, qui lâche un peu aussi fétide que perfide dans la meute impatiente. Espèce d’ignoble petit bonhomme, si un jour je retombe sur cette odeur, je saurai t’identifier, et je te ferai payer ton incivilité. Ce n’est pas le genre de faits qui doivent se produire devant la jeune fille en fleur que je suis. D’ailleurs quand moi je pète, ça sent bon.
Donc je rentre, à peine remise de cette émotion, je me vautre contre le mur de gauche, pour ne pas être à la portée des tirs de doublants sur les primants. J’attends que le cours commence ; le cours commence, je m’ennuie, le cours se termine, je sors faire pipi. L’attente aux toilettes des filles est aussi longue que la grande muraille de Chine, je prends mon mal en patience, je pense à autre chose, à des endroits loin, trèès loin. Une cuvette se libère, je m’enferme mais je n’arrive plus à faire pipi. S’ensuit une longue série de techniques infructueuses pour évacuer les litres. Il faut retourner en cours, le deuxième cours commence, j’agonise. Puis je rentre, et je mange, je mange beaucoup, et je ne fais pas la vaisselle.
Il faut ensuite réviser, alors c’est ce que je fais. Parfois je lève la tête, je me dis qu’il manque quelque chose à cette vie, puis je me rappelle que ce qu’il y manque c’est la réussite du concours, alors je me replonge dans ces affaires. Le soir arrive tant bien que mal, j’en ai marre, je veux sortir, mais je ne sors pas et j’allume la télé. Au bout d’une heure ou deux je suis épuisée, alors je passe vite par la salle de bains, et je me prépare pour le lit à une place vide qui m’attend. C’est bien le seul qui m’attend. J’éteins la lumière, je me mets à penser, à ressasser, je n’arrive pas à dormir, c’est fou ça. Je suis crevée toute la journée mais je ne dors pas le soir. Les voisins sont bruyants. Je mets des boules quiès. Je me concentre sur ma respiration. Et j’attends le sommeil. Qui viendra. Et qui prendra fin au proche réveil.

vendredi 4 septembre 2009

Article n°50 :

Ce soir on mange ensemble, avec mes parents. C’est incroyable qu’à coups de solitude forcée, j’en sois arrivée à espérer leur venue. J’attends leur coup de fil du soir, c’est la seule conversation de la journée dont je puisse bénéficier. Oui les vendeuses m’adressent la parole dans leurs magasins, mais c’est aussi leur métier qui l’exige ; je ne peux rien en tirer de gratifiant. Quoique chez Sephora, je me serais bien passée de celle qui m’annonce en caisse, devant une file d’autres clientes, que de prendre la pilule serait une solution efficace à ma micro-acné. Ce à quoi je réponds « Et ta sœur, je vais lui insinuer de la pilule par tous ses interstices ». Non, ce à quoi je réponds en vrai « Au revoir, merci », après m’être saisie du ticket de carte bleue. Voyons son prénom … Mélissa. Toutes des connes, les Mélissa. Je n’en connais pas.
Dans le tram du retour, et sur le trottoir, je sens quelques regards de garçons qui glissent sur moi. Peut-être ne suis-je pas si transparente que ça ? Peut-être ai-je un charme qui agit enfin.
Dans la salle de bain, le constat est à la fausse alerte. J’avais du noir autour de la bouche ; parce que j’ai coincé le journal entre mes lèvres pour pouvoir fermer mon sac. C’était il y a au moins vingt minutes. Un tiers d’heure que je me trimballe avec la figure sale, et si ça se trouve, à un moment j’ai même dû sourire avec cette tronche de ramoneuse.
Je me sens conne, nom d’une tringle. Je suis la fille qui oublie de fermer son parapluie quand il cesse de pleuvoir. Qui récupère sa monnaie et repart sans la baguette de pain qu’elle vient d’acheter. Qui sort une vacherie alors que dans sa tête, ça sonnait plutôt comme un compliment.

lundi 31 août 2009

Article n°48 :


Ce que je trouve quand je me réinstalle : la ville irrespirable et étouffante. Les Bordelaises, une barrette dans les cheveux lisses, jolie tunique sur minces gambettes, à côté de qui j’ai l’impression d’avoir un vague lien de parenté m’unissant aux paillassons. Mon trottoir jonché de déjections canines. Le tram, supposé me servir toutes les dix minutes, mais pour cause d’incident technique ou de « mouvement social », ce sera un trajet pédestre. Les voisins qui ne pensent pas à se faire discrets. Le frigidaire qui va me réveiller tous les trois quarts d’heure. Et les boules quiès qui feront inévitablement amies-amies avec mes chers tympans, dans ce charmant cadre qu’est le conduit auditif.
J’étais ravie de reposer mes bagages ici. Je me suis violemment fritée avec mes parents, ils n’ont pas compris que c’était le stress qui parlait pour moi. Ils ont probablement confirmé sur ma personne l’opinion d’une pauvre garce exécrable, odieuse et ingrate. Ils ont probablement raison.
Ce que je quitte quand je me réinstalle : à peu près tout. On dirait que quelqu’un s’amuse à forer dans mes tripes.
J’y suis. Et je vais y rester.

mardi 14 juillet 2009

Dépression obstinée du muscle cardiaque. ACV exigé sous peu.

Je me suis levée ce matin avec le coeur gonflé d'amertume, comme une fille qui aime passionément mais à qui le retour d'affection est refusé. Je sais comment agir en pareil cas ; je m'active, je m'agite, je chante fort et je me tortille sur les mélodies. Ce matin pourtant, le coeur n'y était toujours pas, celui-là même que j'essayais de remettre en forme, pauvre crétin têtu. Qu'il boude seul dans son coin. Je ne suis pas Sophie-la-pleurnicheuse, je continue la route sans lui, et peut-être que je me débrouillerai mieux ainsi. Ainsi soit-il.

dimanche 21 juin 2009

Fête de la musique. 2009. Et vlan.

C'était hier, c'était le soir. Il faisait froid, pour une fête de la musique qui célèbre la nuit la plus courte de l'année et le retour de l'été. Nous avons déambulé dans les quartiers de Pau, la vie rêvée des villes. Il y avait beaucoup de jeunes, des plus jeunes que nous, et cette foule de collégiens sur le tard m'exaspérait. Je les regardais enivrés, saouls, avec cette joie et cette énergie délibérée de l'immâturité. Les filles glapissaient, gloussaient, les garçons riaient gras et faisaient des réflexions stupides. Ils étaient laids à voir. Selon mes yeux. Non pas que j'envie cette période de la vie, que je garde de bons souvenirs de mon adolescence. J'étais froissée de comprendre, hier soir, que ces années étaient pour moi définitivement révolues, que la page avait été tournée, et que désormais tout retour vers la jeunesse lycéenne m'était aussi inaccessible qu'interdit. Je me suis sentie vieille. A côté de la plaque. Mes 15 ans n'ont pas ressemblé aux leurs. Je ne sortais pas, je ne buvais pas, je ne dansais pas devant la scène. Et hier soir comme à mes 15 ans, je suis restée spectatrice de ces jeunes qui rejetaient leur tête en arrière pour éclater de rire. Je me suis amusée. Mais je me suis sentie vieille. A 19 ans. Je ne veux jamais avoir 20 ans. Vingt ans, c'est deux décennies. Qu'aurai-je fait de ces deux décennies ? Qu'en aurai-je tiré, de quelles victoires sur le destin pourrai-je me gargariser ? Quel bilan pourrai-je faire, quelle valeur saurai-je donner à tout ce temps perdu , debout sur mes deux pieds ?
Il faut que je m'arrange pour mourir avant cette vingtaine.
La soirée s'est tout de même poursuivie, au fil des scènes animées de groupes quadragénaires. Ou moins vieux. La nuit a fini par tomber, et je préférais comme ça. Parce que j'ai remarqué qu'en plein jour, tout le monde s'épie. Dans les rues, et sur les places noires de monde, les regards scrutaient, jugeaient, cherchaient des connaissances ou des plans drague, que sais-je. C'était gênant. A Bordeaux, ou à NY, la ville grouille de gens, mais ces gens-là sont focalisés sur leur timing et leur destination, courent de bus en métro, ou bien sont plongés dans la contemplation des monuments. Mais hier soir, tout ce peuple s'observait, et je détestais. Je ne voulais pas qu'on me voie, qu'on me regarde, je ne voulais pas que les gens puissent penser quelque chose de mon apparence.
Il y a eu des rencontres, aussi heureuses que brèves. Impossible de communiquer par-dessus le vacarme des basses. On se mimait un "A la prochaine" approximatif. Et on reprenait le chemin. J'ai croisé deux vieux amours ; soit deux coups de décharge électrique dans le ventre. Vous voyez, c'est comme quand vous retrouvez une PollyPocket sous le lit, dix ans après. Il y a une remontée d'émotions. Ce n'est pas vraiment de le mélancolie ; seules de bonnes impressions vous reviennent, et le souvenir des bons instants. Non les instants ou vous vous sentiez seule et miséreuse, furieuse et incapable (oui, ça arrive avec les PollyPocket) ; vous vous rappelez plutôt combien vous avez chéri l'objet, combien il vous a donné plaisir et espoir. L'un des deux types est venu vers moi, me tapant la bise après un "Tu te souviens de moi au moins ?". "Trou du cul, je t'ai aimé pendant deux ans, tu ne l'as jamais su. Bien sûr, je me souviens." ai-je pensé très fort.
C'était hier, c'était la nuit. Tous les chats sont gris. Tous les jeunes sont ivres. Et le reste s'ennuie.

vendredi 1 mai 2009

In the mood for shooting in every dog i meet.


C'est pas possible qu'il pleuve à longueur de journée alors que le mois de mai est supposé nous faire des offres plus ensoleillées, plus débardeur et bermuda tu vois.
C'est pas possible d'avoir des palpitations quand je tombe sur une simple photo de ce mec dont je suis tombée raide dingue quand j'avais quatorze ans. C'est pas possible non plus, à trois semaines des épreuves, que je fasse une fixation sur l'autre qui bosse son concours et qui l'obtiendra du premier coup, et que je suis vouée à perdre de vue sans lui avoir tout dit.
C'est pas possible que je me planque derrière mon bureau, à faire semblant de travailler et à grossir.
Chuis paumée là, je ne sais plus où j'en suis, chuis grave paumée. Et au régime.


The Libertines - Can't stand me now
Izia - Back in Town

vendredi 6 mars 2009

Fille perdue, cheveux gras.



Il était de dos, assis la tête penchée sur quelque ouvrage intelligent. Je me suis approchée derrière lui, je l’ai enlacé en enserrant sa poitrine d’un bras. J’ai passé mon autre main dans ses cheveux, pour mieux l’embrasser sur la tempe. Il sentait bon. Il a tressailli, surpris, puis s’est retourné en se dégageant. Son regard était interrogateur.
Ce n’était pas lui.

Ca m’a réveillée en sursaut, cette affaire.
La solitude me fait rêver de choses improbables.
Il faut que j’aille lui parler. Non.
Non non.

lundi 2 mars 2009

The Fear


Je n’aime pas le mois de mars. Il est vide. Le mois de mars, c’est un truc qui dure et qui dure entre le Carnaval et le Poisson d’Avril (fête nationale de la farce de bon goût). C’est un cul entre deux tabourets. Il y fait encore froid, gris et maussade, on se prend des giboulées en pleine poire alors que quelques jours d’éclaircie nous avaient fait espérer le retour du soleil tiède. Mais non, ça servait simplement de bande-annonce.
Mon radiateur fuit, c’est marrant, comme mon nez. Il faudra m’expliquer comment il se fait que cependant, le nez reste perpétuellement bouché, tandis qu’on se ruine en mouchoirs. Mais il y a des avantages tout de même. Outre une tête qui semble peser trois fois son poids habituel, je ne sens plus les émanations nauséabondes de mes canalisations, ni de la vaisselle sale, ni de la friture de mes voisins de palier, ni même de ce que j’ingurgite. Aussi, j’en profite pour me nourrir de trucs infâmes et sans calories, étant donné que je ne peux plus apprécier les bonnes choses. Vous savez, les légumes décongelés, cuits à l’eau, sans sel ni poivre ni sauce. Je les avale en pensant qu’au moins, c’est diététique et que je ne prendrai pas de kilos cette semaine. Hormis les kilos de morve dans les sinus.Et sinon, je voulais vous dire quelque chose d’autre, mais je ne sais plus quoi.

jeudi 6 novembre 2008

Le fléchisseur ulnaire du carpe se termine sur le pisiforme et envoie une expansion sur l'hamulus de l'hamatum, et sur la face ventrale de la base ...


... des 4ème et 5ème métacarpiens. Décidément l'avant-bras est monstrueux à apprendre. Vous imaginez, 20 muscles qui constituent ce segment idiot du membre thoracique ? Eh beh, con, ça en fait des choses à savoir, c'est moi qui vous le dis.

Je ne me suis jamais sentie si ... seule. Mes amis sont loin. Mes amis ne sont plus amis. Je ne trouve plus dans le regard des gens qui m'entourent, la lueur qui me signifiait : "Toi, heureusement que t'es là". Je vois mal pourquoi j'existe. Je me cherche une place, je m'y accroche, mais est-ce que cette place sur les bancs de l'amphi est vraiment celle qu'il me faut ? Quand je me sors du lit il ne fait pas encore jour, et quand je rentre chez moi il ne fait plus jour. Mais où diable est passé le jour ? Je suis laide, boudinée dans mes jeans, bouffie et stupide. C'est triste. J'ai un peu honte de me montrer en public, j'ai un peu honte de vivre, ce n'est même pas récent. Depuis des années je ne suis pas ce que je voudrais être, depuis des années j'essaie de changer, et depuis des années je suis à moi seule un échec. Ca me bouffe. Je me donne quelques mois pour devenir quelqu'un. C'est ça ou le couvent.
Je veux vos rires, votre prolixité, vos bisous papillons, je veux vous envoyer chier avec l'air faussement sérieux. Je veux les gens qui m'aiment, pour de vrai.

Achat de poisson rouge pour tenir compagnie ?



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